À Tétouan, la mémoire du maître Abdesadek Chekara s’apprête à vibrer de nouveau: entre héritage andalou, accents jbalya et fulgurances flamencas, la 6e édition du festival qui porte son nom entend transformer la Méditerranée en pont musical vivant, où deux rives longtemps liées renouent un dialogue aussi sensible qu’audacieux.
Ainsi, la 6e édition du Festival Abdesadek Chekara se tiendra dans la ville de la Colombe du 27 au 30 novembre 2025, sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.. Placée cette année sous le thème «Rencontre des Deux Rives», la manifestation confirme son ambition: faire de la cité andalouse un espace d’échanges, un véritable pont culturel entre traditions musicales, mémoire et création contemporaine.
Figure tutélaire de la musique andalouse marocaine, Abdesadek Chekara a profondément marqué le paysage artistique en initiant une démarche de fusion pionnière. Son œuvre majeure, Maqama Junda, cristallise cette vision: un dialogue entre tarab andalou, patrimoine musical marocain, flamenco et influences du monde. Cette année, le festival choisit précisément de revisiter cette pièce emblématique, en la portant vers une nouvelle vie artistique. Au cœur de cette relecture: Ayatollah Imrane Chekara, petit-fils du maître, chef de l’Orchestre Abdesadek Chekara et directeur du festival. idèle à l’esprit spirituel et à la finesse esthétique de l’original, il propose une version profondément renouvelée de Maqama Junda. Sa démarche, qu’il qualifie de «contemporaine», fait dialoguer les sonorités andalouses avec les rythmes jbalya du nord marocain, tout en laissant vibrer les accents enflammés du flamenco.
Lorsque Chekara rencontre Morente
Moment fort attendu de cette 6e édition: la participation exceptionnelle de Kiki Morente. Fils du mythique Enrique Morente, réformateur du flamenco et passeur insatiable de traditions revisitées, l’artiste espagnol s’associera à Imrane Chekara pour un duo inédit. Cette rencontre entre les héritiers de deux grandes lignées musicales n’est pas seulement un geste artistique ; elle devient un symbole puissant, celui d’un dialogue créatif entre l’école marocaine et l’école espagnole, qui puise dans une même histoire méditerranéenne. La soirée «Chekara y Morente», programmée au Cinéma Español le 29 novembre, s’annonce comme l’un des événements majeurs de la saison culturelle.
Au-delà des concerts, le festival s’inscrit dans une dynamique plus vaste: celle de la coopération culturelle maroco-espagnole et du renforcement des passerelles entre les deux rives. Cette édition rejoint en cela la désignation de Tétouan comme capitale méditerranéenne de la culture et du dialogue.
Loin d’être un simple hommage patrimonial, la manifestation veut stimuler une créativité partagée, où traditions andalouses, rythmes ruraux du nord du Maroc, spiritualités locales et esthétiques contemporaines se font écho. Elle mise sur la transmission intergénérationnelle, la valorisation du patrimoine immatériel et l’essor de la scène locale.
Un programme en quatre temps forts
■ Jeudi 27 novembre
Conférence d’ouverture (Institution Al-Fadila Al-Horra, Palais Royal/Médina)
Présentation des axes de cette édition en présence des artistes, critiques, médias et personnalités culturelles.
■ Vendredi 28 novembre
Veillée commémorative (Zaouïa Sidi Belfqih)
Un moment de recueillement musical réunissant des maîtres du samaa et du chant spirituel, organisé par la famille Chekara et l’association.
■ Samedi 29 novembre
“Chekara y Morente” (Cinéma Español)
Première mondiale de la nouvelle version de Maqama Junda, signée Ayatollah Imrane Chekara et Kiki Morente, avec l’Orchestre Abdesadek Chekara.
Une fusion magistrale entre patrimoine andalou, jbalya et flamenco.
■ Dimanche 30 novembre
Soirée Abdesadek Chekara (Cinéma Español)
Retour aux œuvres classiques du maître, interprétées par l’Orchestre Mohamed El Arabi El Merabet sous la direction de Mohammed El Aroussi, avec la participation d’Abdeslam Al-Khalloufi.
R.L.
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