FROST OLLY, ARTISTE-MUSICIEN : « JE NE SUIS PAS FINI ! »

Cela fait belle lurette qu’on n’a plus de vos nouvelles. Où est passé Frost Olly? A-t-il mis sa carrière musicale de côté ?Cela fait aujourd’hui 25 ans que je vis en Europe. Lors d’un passage au pays, en 2023, j’ai fait des spectacles et des passages dans les médias afin de signaler ma présence à mes fans. Vous savez que le paysage médiatique a changé. Avant, il était plus facile pour un artiste de signaler sa présence, puisqu’on n’avait que deux chaînes de télévision. Dès qu’on passe sur les deux chaînes, c’est suffisant pour que toute la Côte d’Ivoire sache qu’on est présent. Aujourd’hui, c’est un écosystème complètement différent.A la fin des années 90, vous étiez une coqueluche de la musique poétique africaine. Considéré comme le chouchou des dames, vous étiez sur un véritable nuage. Pourquoi avez-vous fait le choix de rejoindre l’Europe, en laissant une carrière musicale pourtant flamboyante en berne ?Je totalise seulement deux albums dans toute ma carrière. Et ces deux albums ont été de véritables succès. Quand vous vous retrouvez dans une telle configuration, il faut essayer d’aller vers d’autres horizons pour acquérir de nouvelles inspirations afin de booster votre carrière. C’est ce qui s’est passé. J’ai sorti une compilation de mes meilleures chansons. J’ai aussi sorti 3 singles. C’est vrai que ces chansons n’ont pas bénéficié d’un véritable plan promotionnel. Mais je pense que la période électorale qui s’annonce est favorable à leur promotion, notamment des deux titres qui parlent de paix.Ces singles annoncent-ils un futur album en préparation ?L’album est déjà prêt. Il s’appelle "Joli Poème". J’espère le lancer très bientôt, avec la complicité de l’équipe avec laquelle je travaille sur le projet.Quand on débute avec un succès aussi fulgurant que celui vous avez connu, cela peut paradoxalement contrarier la suite d’une carrière.La musique fait partie de moi depuis que je suis enfant. A la base, c’est ma mère qui chantait. J’ai donc ça dans le sang. Par ailleurs, avant de sortir mes albums, j’ai d’abord côtoyé des personnes comme feu Roger Fulgence Kassy, Assi Akawa, Aboubacar Touré (Tonton Bouba). Ces relations m’ont beaucoup forgé et constituent l’un des secrets de la qualité de mes productions musicales.Vous vous démarquez par votre style empreint de poésie et de romance. Frost est-il un homme romantique qui est arrivé à la musique ou alors a-t-il puisé son inspiration poétique dans la musique ?J’ai une vie assez particulière. Je perds ma mère à la naissance. Ma mère étant malade, il n’était possible de sauver qu’une seule personne au terme de la grossesse. Je suis donc directement admis à l’orphelinat de Bingerville où je passe toute mon enfance. Durant cette étape de ma vie, je vis avec des personnes que je ne connais pas. Mon apprentissage de l’amour commence donc dès ce moment. En grandissant, je ressens l’absence de ma mère. La musique devient donc l’outil qui me permet d’extérioriser cet amour. C’est l’essence de cet hommage rendu à la femme dans mes chansons.**media[251813]**Vous êtes inséparable de votre guitare. On vous a vu dans des clips et sur scène avec cet instrument de musique...A l’époque, avec des amis, on a formé le groupe 5 étoiles. C’est là que j’ai commencé à jouer de la guitare, afin de mettre en musique les inspirations que j’avais. Je suis un autodidacte de la guitare.Vous explorez une large palette de genres musicaux, salsa, country, funk. Quel est finalement le style musical de Frost ?La country est un carrefour musical. Dans la country, on peut trouver du blues, du rock, etc. La base de mon style, c’est la country. C’est une musique américaine que j’ai adaptée aux couleurs locales.Quelle activité pratiquez-vous en France où vous résidez ?Je travaille à Disneyland. C’est dans un tel univers que je voulais être. Puisque Disneyland est un carrefour où se rencontrent des gens de toutes les nationalités et de toutes les cultures. Un tel environnement est propice aux échanges et à l’ouverture de l’esprit.Vous êtes l’auteur de chansons intemporelles. De ‘’Guantanamera’’ à ‘’Fontaine en Or’’, en passant par ‘’You’’, ‘’Plus je l’aime’’ et ‘’Femme Crystal’’. Quelle est votre chanson préférée dans votre catalogue ?(Hésitation). J’aime toutes mes chansons. Parce que chacune d’elles s’intègre dans un contexte bien précis et délivre des émotions uniques. C’est vrai que la plupart des gens adorent Fontaine en Or. Mais si je devais n’en choisir qu’une, ce serait le titre ‘’Yibiou’’. Parce que cette chanson conte mon histoire. C’est l’histoire de quatre jeunes garçons orphelins de père et de mère qui vivaient dans un campement avec leur grande sœur. Malheureusement, elle décède. Et les quatre jeunes s’interrogent sur ce sort qui s’abat sur leur existence.Quels sont les arrangeurs qui ont travaillé sur vos chansons ?Je suis aussi arrangeur, j’arrange moi-même mes chansons. Il m’est d’ailleurs difficile de travailler avec des arrangeurs parce que j’aime laisser mes chansons dans l’état dans lequel elles me viennent à l’esprit. Naturellement, je transmets mes partitions à des musiciens. Ils ont le droit d’y apporter leur touche personnelle, à condition de conserver l’essence des rythmes que je leur transmets.Vos chansons ont la particularité de toucher le public. Comment expliquez-vous cette connexion émotionnelle assez forte entre vos fans et vous ?Quand je compose mes chansons, je me mets à la place de ceux qui vont les écouter. Je pense que je parviens à leur transmettre des émotions à travers mes chansons. C’est la clé de cette connexion entre mes fans et moi. Par ailleurs, je suis perfectionniste. Cet art de bien faire explique aussi la relation que j’entretiens avec le public.Recevez-vous souvent des témoignages sur l’impact de votre musique dans la vie des mélomanes ?Cela est très fréquent, en effet. Certains me confient qu’ils ont grandi et construit leur vie sentimentale autour de mes chansons. Quelqu’un m’a confié qu’après les disputes de ses parents, sa mère avait l’habitude de noyer son chagrin en écoutant mes chansons. Mes chansons ont joué un rôle thérapeutique dans de nombreux foyers.La chanson Fontaine en Or, l’un de vos plus grands succès, est-elle le récit de votre propre vécu ?Tout s’est passé un soir où je me produisais dans un night-club, à la rue Paris village, au Plateau. Après la première partie de mon show, je suis sorti dans la rue prendre un peu d’air. Il faut dire qu’il faisait un peu chaud à l’intérieur à cause de l’affluence. Pendant que j’attendais, mon regard s’est posé sur la fenêtre d’un immeuble, à tout hasard. La ‘’Fontaine en Or’’ était juste derrière le rideau. C’est allé très vite. Dès que j’ai croisé son regard, la chanson s’est automatiquement installée dans ma tête et dans mon esprit. Dans le texte, j’ai conservé le lieu Paris Village. Cette femme, je ne l’ai pas conquise, mais dans la chanson, je me mets dans la posture de celui qui veut la conquérir. Du coup, j’ai parlé des escaliers, des draps... Tout ce descriptif, c’était pour alimenter la chanson.Et cela a donné l’une des chansons les plus émouvantes du répertoire musical africain de ces dernières décennies...(Rires). Vous me donnez l’occasion de faire une précision sur cette chanson. De nombreuses personnes disent "Femme Fontaine" au lieu de "Fontaine en Or".La musique ivoirienne a évolué. Les ‘’roukaskas’’ se sont invités dans les partitions et la musique urbaine est dominée par le rap ivoire et le coupé- décalé. La country que vous pratiquez n’est-elle pas dépassée. Envisagez-vous une mise à jour de votre style pour mieux vous intégrer dans la tendance actuelle ?Aujourd’hui, un chanteur ne peut plus compter exclusivement sur les textes et la voix. Il lui faut proposer une valeur ajoutée. Dans mon cas, je m’appuie sur mon expérience et je me dis que j’ai encore ma place sur l’échiquier musical ivoirien. Certes, mon absence prolongée a laissé un petit vide. Mais c’est quelque chose que je peux combler rapidement. Je suis à Abidjan pour dire à mes fans que je poursuis ma carrière musicale. Je ne suis pas fini.Quelles sont vos perspectives à moyen et long termes ?En dehors de l’album que je prépare, je suis en train de mettre en place la Fondation ‘’Sac à Roses’’ pour soutenir les orphelins et les âmes dans le besoin.Qu’est-ce que Frost Olly souhaiterait que l’opinion retienne de lui ?De moi, j’aimerais qu’on retienne une belle âme qui aime les autres et qui aime faire le bien. C’est un perfectionniste qui a trouvé sa voie dans la musique et qui s’en sert pour multiplier cet amour autour de lui.Interview réalisée par

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2025-09-04T08:07:06Z