Industrie de la musique
Mohamed Nait Youssef
Un samedi pas comme les autres à Rabat. Il est 18h. Une heure avant les derniers showcases de la 12ème édition Visa For Music. La musique est partout. Les rythmes enveloppent les recoins du mythique Théâtre Mohammed V. À l’extérieur, l’ambiance est à son summum. Au Salon Expo-stand réunissant plus de 50 exposants, les échanges entre professionnels ouvrent de nouvelles perspectives de collaboration et de travail mutuel. Il faut dire que le Visa For Music, premier festival et marché de la musique d’Afrique et du Moyen-Orient, créé en 2014, s’est imposé au fil des années comme le carrefour privilégié des acteurs de la scène musicale marocaine, continentale et internationale. Artistes, producteurs et programmateurs s’y retrouvent chaque année pour célébrer la richesse et la diversité de la filière. Que de nouvelles découvertes ! Véritable moteur de dynamisme, ce marché dépasse la simple rencontre pour devenir un espace de création et d’innovation. Il y offre un cadre idéal pour développer des opportunités, initier des collaborations et tisser des synergies durables. Aussi dense que la programmation artistique, le programme de cette édition s’est articulé autour d’un Forum (conférences, ateliers), des showcases et de speed meetings destinés à favoriser la circulation des artistes et des projets. Lors de cette grande manifestation artistique et musicale en Afrique et dans le monde arabe, ayant réuni plus de 500 artistes et 1 000 professionnels nationaux et internationaux, on a rencontré les professionnels du secteur musical venus des quatre coins du continent. Tour d’horizon !
Un rendez-vous incontournable pour les professionnels
Pour la deuxième année consécutive, Arterial Network, réseau qui regroupe divers acteurs du secteur culturel originaires de tout le continent, est présent à la 12ème édition du Visa for Music. Ainsi, le VFM, événement fédérateur, a cette force incroyable de rassembler les artistes et les professionnels de la filière musicale du continent africain.
«Cette année, à la veille de la Coupe d’Afrique des Nations, on constate que toute l’Afrique est effectivement réunie ici. C’est très important. Je suis convaincu qu’aujourd’hui, le Maroc a définitivement prouvé qu’il était un hub culturel incontournable.», a déclaré Alassane Babylas Ndiaye, président d’Arterial Network.
Selon lui, toute la diversité culturelle du continent est rassemblée lors de cette manifestation artistique importante.
«Dans un monde de plus en plus digitalisé, il est essentiel de trouver des solutions. Et pas n’importe lesquelles : des solutions qui viennent en appui aux territoires moins connectés, et surtout, des solutions concrètes pour mieux monétiser et vendre l’art de nos talents. Par exemple, pour vous donner une idée de notre dynamique, nous connaissons un essor avec 10 nouvelles adhésions pour cette édition. L’année dernière, nous en avions enregistré 4 ; cette année, nous passons à 10.», a-t-il confié à Al Bayane.
Le réseau Arterial, qui compte actuellement 32 pays membres, connaît une croissance telle qu’il s’apprête à accueillir 35 nouveaux membres. «Grâce à Visa for Music, ce sont aussi 10 membres individuels qui viennent renforcer nos rangs. C’est un développement significatif. C’est aussi le fruit d’un travail continu de maillage sur l’ensemble du territoire africain.», a-t-il souligné. Selon lui, il est essentiel de pouvoir rayonner à partir de l’Afrique du Nord pour toucher tout le continent.
Des retombées tangibles…
Ibrahim Sbai, co-fondateur et directeur artistique du Festival Targalte, a rappelé quant à lui que le Visa for Music est un rendez-vous incontournable pour les professionnels, les artistes et les programmateurs. « Cela nous permet de rencontrer nos pairs et même d’établir la programmation de notre festival. En effet, les retombées de cet événement, qui est hyper important pour nous, sont multiples : il génère des dépenses, crée des relations et nous permet de prendre contact directement avec des interlocuteurs du monde entier. C’est une occasion unique de monter des projets de collaboration avec des partenaires venant du reste du continent africain, mais aussi d’Europe et d’Amérique.», a-t-il affirmé.
Pour les acteurs de la création artistique et musicale, le VFM est la plateforme idéale pour connecter les créateurs avec les organisateurs de festivals, les programmateurs et les producteurs.
«Le Visa for Music est donc hyper important pour nos activités et nos projets. Plus que jamais, c’est l’occasion de rayonner vers les États-Unis, l’Europe… vers les quatre horizons.», a-t-il fait savoir.
Kadiatou Barry, responsable événementiel de Meurs Libre Prod, organisatrice de la Biennale de Guinée, un événement culturel qui s’est déroulé du 7 au 15 novembre 2025 à Conakry, a indiqué que leur présence a pour but de renforcer les liens créés à Conakry lors de la Biennale, pour les concrétiser et pour tisser de nouveaux partenariats. «Pour nous, les retombées sont déjà tangibles : nous avons rencontré énormément d’autres professionnels et une centaine de festivaliers venus du monde entier. Nous avons établi des contacts qui devraient bientôt se concrétiser par leur présence à Conakry, notamment pour accueillir des artistes.», a-t-elle expliqué.
Kadiatou Barry estime que le secteur musical a un bel avenir malgré les défis. «Ce que je constate ici à Visa for Music, c’est que les artistes prennent de plus en plus d’initiatives : ils viennent se vendre, se mettre en avant à chaque édition. Les managers, eux, sortent pour chercher des dates de concert et des festivals pour leurs talents. Je dirais que si nous nous y mettons tous, nous pouvons y arriver.», a-t-elle fait savoir.
L’IA et l’avenir de l’industrie musicale en Afrique
Sur l’avenir de l’industrie musicale en Afrique, un secteur souffrant de l’informel, Kadiatou Barry reste toujours optimiste. Concernant les nouveaux défis, comme l’IA et le numérique, a-t-elle dit, c’est un très gros défi. «Personnellement, je suis convaincue que l’IA ne pourra jamais remplacer l’humain. Elle pourrait plutôt nous aider à optimiser notre travail. Les artistes devraient profiter de l’IA pour gagner en professionnalisme, pour se perfectionner et pour mieux valoriser leurs œuvres. C’est un défi de taille, mais l’IA ne remplacera jamais la touche humaine.», a-t-elle souligné.
De l’art pour la bonne cause…
Visa For Music dépasse le cadre strictement musical pour devenir une caisse de résonance des enjeux planétaires. Ainsi, l’ONG Kongo River incarne cette dimension. Sa présence s’inscrit dans « une démarche écologique » visant à préserver le bassin du Congo, « le deuxième poumon écologique de la planète ».
« Notre présence à Visa for Music pour cette édition s’inscrit dans une démarche écologique. Nous sommes l’ONG Congo River, qui œuvre pour la protection du fleuve Congo et de son bassin. Notre participation s’inscrit donc dans la logique de préserver le bassin du Congo, le deuxième poumon écologique de la planète après l’Amazonie. Notre continent abrite ce trésor environnemental d’importance mondiale.», nous confie Fred Gunther M’Bemba, l’acteur culturel et communicant.
Être présent ici, dit-il, est une occasion idoine de rencontrer les artistes, les promoteurs culturels et tous ceux qui évoluent dans ce secteur. L’objectif est, poursuit-il, de faire passer un message aux communautés du monde entier sur les enjeux climatiques planétaires.
«L’Afrique et l’Amazonie abritent les deux principaux poumons écologiques de la planète, qui absorbent le carbone émis par les grands pays pollueurs comme la Chine, les États-Unis et l’Europe. L’Afrique, avec son bassin du Congo, absorbe ce gaz carbonique et renvoie l’oxygène qui permet à l’humanité entière de vivre. Ainsi, le bassin du Congo est un véritable régulateur du climat. Il est crucial que l’Afrique parle d’une seule voix pour lutter contre la déforestation et promouvoir la reforestation. Voilà, plus ou moins, le message dont nous sommes porteurs.», a-t-il précisé.
À vrai dire, le Visa for Music est la plateforme où les acteurs culturels du monde entier se rassemblent. Selon lui, c’est donc l’endroit idéal pour faire passer ce message, qui est ô combien important pour l’avenir de l’humanité.
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